Mi-septembre 2003…Une brocante de la proche banlieue parisienne : 8 h du matin. Une fraîcheur matinale nous fait presser le pas…Mais l’œil du collectionneur en alerte, je m’arrête devant un étalage et saisit cette petite statuette (13 cm ). Pourquoi ce geste, par quelle magie ma main s’est-elle posée sur cette maternité ?
La première des raisons ne s’explique pas : élan du cœur, passion-éclair ? déraisonnable mais indispensable. Déraisonnable parce qu’il n’est pas recommandé de céder à toutes ses impulsions sans motif justement raisonnable, parce que suscité par l’expérience : reconnaissance du style, ici BEMBE (rives du Lac Tanganyika), aux larges yeux de porcelaine blanche, le corps taillé en segments bien découplés, lignes droites, équilibre des aplats - visage, seins, bras, cuisses, pieds - ; répartition des volumes ronds –épaules, abdomen, mollets - ; une stylisation évidente au service de l’expression. Sans oublier l’orifice au bas du corps, emplacement de la charge magique (destinée à renforcer la thérapie à appliquer).
L’attitude : visage décidé, traits fermes, mâchoire en avant, oreilles nettement soulignées par la coiffure (bonnet de dignitaire), mains tenant symétriquement l’enfant en attitude de repos parfaitement miniaturisé, jambes droites flêchies.Le tout baigné de grâce…
L’aspect général – bois à la belle couleur chaude, patine ancienne et sans défaut et le petit détail qui interpelle : mutilation du pied sans doute pour désacraliser la « charge » de la statuette. Indispensable…Disais-je plus haut, car la statuaire en Afrique noire est toujours porteuse du « sacré » ou du moins d’une relation avec l’esprit, celui des ancêtres, celui dont on hérite et que l’on respecte…Et c’est cet indispensable-là qui guida ma main ce jour-là.