La signification des masques et des statuettes

C’est toujours la même question qui se pose quand on parle d’art africain : Quelle est la signification des masques ? Quelle est la fonction d’une statuette ?

J’ai déjà répondu dans Comprendre l’art africain que les fonctions des masques sont multiples même s’ils servent, principalement, aux cérémonies (initiations, funérailles, début ou fin des récoltes, etc…) ; je compare souvent l’utilisation du masque à celle que l’on fait chez nous de la robe de mariée : On prend beaucoup de soin à sa fabrication, avant, et on le remise après. Un masque ne sert qu’une fois ! (Bien sûr, il y a des exceptions, notamment lorsque le masque devient un fétiche familial)

A l’inverse, la statuette est conservée, et souvent vénérée, parce qu’elle est le support unique de la mémoire collective, ou individuelle. François de Chateaubriand évoque remarquablement le rôle fondamental de la statuette dans ses Mémoires d’outre-tombe, livre 7, chapitre 9 (Il parle des indiens d’Amérique mais son analyse s’applique parfaitement aussi aux peuples sans écriture d’Afrique) : « En ce qui regarde les morts, il est aisé de trouver les motifs de l’attachement du sauvage à de saintes reliques. Les nations civilisées ont, pour conserver les souvenirs de leur patrie, les mnémotechniques des lettres et des arts ; elles ont des cités, des palais, des tours, des colonnes, des obélisques ; elles ont la trace de la charrue dans les champs jadis cultivés ; les noms sont entaillés dans l’airain et le marbre, les actions consignées dans les chroniques. Rien de tout cela aux peuples de la solitude : Leur nom n’est point écrit sur les arbres ; leur hutte, bâtie en quelques heures disparaît en quelques instants ; la crosse de leur labour ne fait qu’effleurer la terre, et n’a pu même élever un sillon. Leurs chansons traditionnelles périssent avec la dernière mémoire qui les retient, s’évanouissent avec la dernière voix qui les répète. Les tribus du Nouveau-Monde n’ont donc qu’un seul monument : La tombe. Enlevez à des sauvages les os de leurs pères, vous leur enlevez leur histoire, leurs lois et jusqu’à leurs dieux ; vous ravissez à ces hommes, parmi les générations futures, la preuve de leur existence comme celle de leur néant. »

Hormis le fait que les sauvages ne sont pas aussi sauvages qu’a pu nous le laisser penser une certaine suffisance occidentale (Il y eut bien en Afrique de grandes civilisations, capables de bâtir des palais, comme le royaume d’Ifé, par exemple) la statuette, dans son usage le plus fréquent, mais pas unique, correspond bien, pour conserver mes comparaisons avec nos us occidentaux, à nos pierres tombales.

Ainsi, dans le reliquaire Fang, qu’on dépose près de la tombe de l’ancêtre disparu, on conserve les os de celui-ci.

Et c’est en honorant sa mémoire qu’on alimente la mémoire collective…

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